Camara Laye: l'histoire d'un Enfant Noir

Camara Laye 

Camara Laye : L’Enfant Noir

Il m’a pris du temps depuis la création de mon blog avant de rendre un hommage très mérité à un homme dont l’histoire et l’enfance ont à jamais marqué ma personne. J’ai découvert en cet homme aux qualités exceptionnelles et inégalées, un écrivain hors norme. Je reviens sur l’histoire d’un écrivain au talent incontestable.

Né en 1928 à Kouroussa en Haute Guinée, Camara Laye du nom complet Abdoulaye Camara est le descendant d’une famille très attachée aux valeurs traditionnelles. Son père, forgeron et orfèvre, était doté des connaissances mythiques. Camara Laye grandit dans le cercle familial entre l’atelier de son père et la case de sa mère. Comme la plus part des familles Africaines, Camara Laye passe par l’inévitable étape de l’initiation dans une ambiance festive. Il commence l’école coranique puis plus tard l’école française à kouroussa. Il passe son enfance entre kouroussa où vivent ses parents, et Tindica village dans le quel vit sa grand-mère maternelle. Dès son jeune âge, il assiste au travail de son père à la forge, notamment à la fusion de l’or; il participe à la moisson du riz; il reçoit l’initiation aux rites de Kondén Diara, la cérémonie des lions.

Comme il l’a décrite, la moisson du riz du mois de décembre était un effort communautaire puisque toutes les familles font la récolte générale le même jour. Les hommes sont responsables de la moisson proprement dite; les femmes, de leur côté, sont responsables de nourrir les travailleurs et les enfants. La moisson était présentée comme un événement joyeux auquel la communauté participait avec allégresse, chantant et travaillant au rythme du tam-tam. Le rite de Kondèn Diara constitue la première épreuve de l'initiation des jeunes incirconcis au monde adulte. Le soir de la veille du Ramadan, les enfants à initier sont cueillis par une troupe hurlante, et participent tous à une fête communautaire, après laquelle ils subissent tous la cérémonie des lions dans un lieu sacré de la brousse. A l'aube, l'instruction finie, les enfants découvrent de longs fils blancs couronnant toutes les cases de la concession et se rejoignant au somment d'un énorme fromager.

C’est en 1942, alors âgé de 14 ans, que Camara Laye va quitter Kouroussa pour poursuivre ses études au Collège technique Poiret à Conakry. Là, il fait la connaissance de Marie Lorofi, une amie qui, plus tard, deviendra sa femme. A la fin de ses quatre années d’études à Conakry, il passe un C.A.P. (certificat d’aptitude professionnelle) de mécanicien. Comme il est reçu premier, on lui offre une bourse lui permettant de poursuivre ses études en France.

De 1947 à 1956, Laye est en France, d’abord à Argenteuil, puis à Paris. Il souhaite devenir ingénieur. A L’Ecole d’Ampère il obtient le brevet d’enseignement industriel et assiste ensuite aux cours de L’Ecole technique d’aéronautique afin de décrocher le diplôme d’ingénieur calculateur.

Camara Laye décède en 1980 au Sénégal, laissant derrière lui des œuvres à portée universelle. Le célèbre roman « L’Enfant Noir » a eu une portée internationale, roman par lequel, il relata son enfance heureuse, son éducation, les forces surnaturelles de son père depuis Kouroussa. Il a participé de façon incontestable à la propagation et à la promotion de la culture Africaine, très riche, variée et mythique.

Je pense que les critiques de Mongo Beti sur Camara Laye relève d’une incompréhension sur la nature et la forme de la présentation de l’Afrique. Faudrait-il que tous les livres africains parlent toujours de la (néo-)colonisation, du racisme, des dictatures, et du choc des cultures, que tous les livres africains soient forcément le reflet d’un combat, d’une dénonciation? N’y a-t-il pas de place pour d’autres messages, pour d’autres approches, pour une autre Afrique qui elle aussi existe même si personne ne sait la voir? Car cela est peut-être difficile à croire pour certains, mais oui, sans être riches, des millions d’africains ont eu, et des millions d’autres continuent à avoir une enfance heureuse et insouciante en Afrique. Oui, l’Afrique de Camara Laye existe, et elle n’a rien d’anecdotique.

 

Extrait de l’Enfant Noir : « J’étais enfant et je jouais près de la case de mon père.3 Quel âge avais-je en ce temps-là? Je ne me rappelle pas exactement. Je devais être très jeune encore: cinq ans, six ans peut-être. Ma mère était dans l’atelier, près de mon père, et leurs voix me parvenaient, rassurantes, tranquilles, mêlées à celles des clients de la forge4 et au bruit de l’enclume. »

 “J’ai fréquenté très tôt l’école. Je commençai par aller à l’école coranique, puis, un peu plus tard, j’entrai à l’école française. J’ignorais alors tout du fait que j’allais y demeurer des années et des années, et sûrement ma mère l’ignorait autant que moi, car, l’eût-elle deviné, elle m’eût gardé près d’elle; mais peut-être déjà mon père le savait-il…

Aussitôt après le repas du matin, ma sœur et moi prenions le chemin de l’école, nos cahiers et nos livres enfermés dans un cartable de raphia.

…l’idée de dissipation ne nous effleurait même pas; c’est aussi que nous cherchions à attirer le moins possible l’attention du maître: nous vivions dans la crainte perpétuelle d’être envoyés au tableau.

Ce tableau noir était notre cauchemar: son miroir sombre en reflétait que trop exactement notre savoir; et ce savoir souvent était mince, et quand bien même il ne l’était pas, il demeurait fragile; un rien l’effarouchait. Or, si nous voulions ne pas être gratifiés d’une solide volée de coups de bâton, il s’agissait, la craie à la main, de payer comptant. C’est que le plus petit détail ici prenait son importance: le fâcheux tableau simplifiait tout; et il suffisait en vérité, dans les lettres que nous tracions, d’un jambage qui ne fût pas à la hauteur des autres, pour que nous fussions invités, soit à prendre, le dimanche, une leçon supplémentaire, soit à faire visite au maître, durant la récréation, dans une classe qu’on appelait la classe enfantine, pour y recevoir sur le derrière une correction toujours mémorable.”

FAROUGOU MO HADJA BINTOU

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Commentaires (2)

1. mery 11/11/2011

ouii

2. Siddy Diallo 14/03/2011

Çà me rappel l'école primaire (3eme A)à Sombily
MERCI KOTO FAROUGOU

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TANT QU'IL Y A UNE POSSIBILITÉ POUR LA PAIX, N'OPTONS PAS POUR LA VIOLENCE. TANT QU'ON PEUT FAIRE DU BIEN N'OPTONS PAS POUR LE MAL.La Solidarité des Peuples est plus forte que l'egoïsme des Nations.
I believe that solidarity between peoples is stronger than the selfishness of nations...

FAROUGOU MO HADJA BINTOU

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