Sur les pas d’un jeune garçon

FAROUGOU MO HADJA BINTOU 

Je me permets de revenir sur des voyages inoubliables de mon enfance depuis un petit village de Pita, en Guinée. Je reviens sur mes premiers pas entre deux villages que l’histoire avait finis par rapprocher. L’un Ballaghné, mon village paternel, c’est là où je suis né, c’est là où est né également mon père. L’autre Darou Salam, c’est le village des mes grands parents maternels, c’est là où est née ma mère. La distance entre les deux villages est environ une vingtaine de kilomètres.

Je ne me rappelle pas exactement quand j’ai commencé à faire ces trajets, tout ce que je sais, c’est ce que j’ai grandi sur ces sentiers glissants pendant la saison pluvieuse, car je les ai commencés sur le dos de ma mère. Ces voyages se décidaient du jour au lendemain, on les effectuait par jour et par nuit. On se moquait bien de la pluie ou du soleil. Qu’il pleuve ou qu’il vente ces va et vient entre Darou et Ballaghné ne s’arrêtaient pas.

Les trajets n’avaient pas le même sens pour moi et peut être pour mes frères aussi, ainsi que pour ma mère. En tout cas je le pense. C’est le sens Ballaghné-Darou qui me plaisait davantage, car il me tardait d’aller là où je suis permis de tout faire. Pendant le trajet, je courais dans tous les sens, j’étais un garçon excité par le voyage. Je rentrais dans les petites brousses pour jouer au cache-cache avec mon grand frère, ou avec un cousin qui nous accompagne par circonstance. Je rentrais dans les petites brousses pour cueillir des fruits sauvages dont certains étaient trop sucrés et que j’admirais beaucoup d’ailleurs. On se partageait certains fruits sauvages avec les animaux sauvages, puisqu’il m’arrivait même de manger le reste d’un fruit entamé par un singe, un serpent, un oiseau… par je ne sais quoi. Chacun trouvait sa part de nourriture dans la brousse. Les animaux sauvages, on en rencontrait beaucoup en cours de route, au point qu’on ne s’en souciait point. On traversait beaucoup de rivières, dès fois, selon les périodes je pouvais avec mon frère, me baigner dans certaines, avec la permission bien sûr de ma mère. Dès fois il pouvait y’avoir des crus et des rivières qui débordent après des fortes pluies torrentielles. Il arrivait qu’on vienne et qu’on ne trouve pas le moyen de traverser une rivière et qu’on fasse demi-tour. C’est ce que je détestais de plus dans ces différents trajets, mais qui étaient fréquents pendant la saison pluvieuse.

On traversait beaucoup de villages, environ une dizaine, ma mère connaissait presque tous les villageois. Ces habitants des petits hameaux étaient tous généreux, accueillants et hospitaliers. Il arrivait qu’on se refugie dans un village à cause d’une pluie torrentielle, ou qu’on s’y repose, ou qu’on rentre pour saluer une connaissance de ma mère. A chaque fois on nous offrait à manger ou à boire. On avait droit soit à un verre d’eau fraiche puisée dans un canari posé à l’ombre, soit à un reste de fonio, du maïs, du riz, du blé, du tos … ou encore des fruits comme les oranges ou les mangues. Chacun montrait son hospitalité en offrant ce qu’il a, en en fonction des périodes, ou des récoltes. Je prenais un immense plaisir de me régaler. Je tiens à signaler qu’on amenait souvent à manger un repas, qu’on mangeait dans un air de repos, ou dès fois dans un village. Ma mère partageait toujours le repas avec les habitants dans le village hôte en cours de route.

Toutes mes bêtises et petites conneries étaient permises et acceptées à Darou par mes grands parents. Ma grand-mère n’a jamais accepté qu’on me frappe. Elle était mon soutien inconditionnel, même quand je n’avais pas raison. J’étais son enfant chéri, je pouvais me permettre de refuser toutes les commissions qu’on pouvait me charger sans craindre les moindres représailles, de qui que ce soit y compris ma mère, en sa présence. A chaque fois comme d’habitude l’accueil était généreux à Darou, ma grand-mère me prenait dans ses bras et me serrer contre son épaule, comme si elle ne m’avait pas vu depuis des mois ou des années. Et pourtant, il ne pouvait pas y’avoir une semaine d’écart sans aller dans l’un ou l’autre des villages. A chaque fois notre arrivée était une fête familiale surtout à Darou. Le soir, ma mère et ma grand mère veillaient jusqu’à tard, j’admirais leurs conversations, d’ailleurs que j’écoutais avec la plus grande attention. Ma grand-mère habitait une grande case ronde couverte de pailles. Toute la famille y dormait. Mes cousins et moi dormions sur une grande natte étalée, couverte de deux ou trois pagnes pour le confort. On était nombreux dans la famille, mais tout le monde trouvait sa place dans la case, il en restait même de la place. Ma grand-mère était très matinale, moi je prenais le temps de dormir à ma guise puisqu’à Darou je n’allais pas à l’école coranique, du moins pour le début.

Le trajet Darou-Ballaghné m’enthousiasmait moins. Dès fois je me cachais pour ne pas revenir à Ballaghné, ou bien encore je prétendais tomber malade pour ne pas quitter ma grand-mère. Aujourd’hui, je ne sais comment dire au combien l’Amour et l’affection de ma grand-mère me comblaient de joie et de bonheur. Ma grand-mère était et restera ma deuxième mère dans mon cœur. Mon grand père aussi m’aimait beaucoup.

Aujourd’hui, il ne me reste que les vieux souvenirs des ces trajets. Je ne pourrai plus les refaire avec les mêmes personnes, dans la même ambiance. Mes grands parents n’y sont plus. Ma grand-mère n’y est plus pour m’accueillir, me prendre dans ses bras et me serrer contre son épaule. Ma mère n’y est plus pour me tenir la main pendant la marche, ni pour m’interpeller en cours du trajet. Ces rivières sont presque toutes sèches, les sentiers rétrécis, car peu utilisés à cause de l’exode rural. Je serais le plus heureux sur cette terre, si je pouvais refaire ces mêmes trajets aujourd’hui, et revoir ma grand-mère, pour lui dire que je l’aime plus que tout.

Ces époques là, ces sentiers, ces ruelles, ces rivières, ces petits villages traversés, ces collines, ces montagnes… sont et resteront à jamais gravés dans mon cœur. Nous avons tous des moments qui nous ont à jamais marqués, ceux là sont et resteront parmi les meilleurs de ma vie. J’aimerais tant les revivre mais les choses ont changé et aujourd’hui j’ai grandi. Cette enfance dans ce cercle familial m’a beaucoup appris et me manquera toujours et toujours.

FAROUGOU MO HADJA BINTOU

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Commentaires (3)

1. Mamadou Alpha Diallo 01/12/2011

une histoir qui rapel chacun ses moment fort... tres instructif

2. Siddy 24/11/2011

Amine ! ! !

3. ABASS 13/06/2011

Qu'Allah accueille dans son paradis eternel les âmes de tes parents dont tu parles dans cet article ainsi que ceux de tous nos dévanciers.
Tu as vraiment la mémoire fraiche mon frère, tu raconte tout cela comme si ca datait d'hier. Franchement ca fait plaisir de te lire et je ne saurais te dire ô combien je suis fier de toi.D'ailleurs je vais relire encore une 2ème fois cet article. ha j'oubliais j'ai essayé en vain de te joindre hier, fais moi signe dès que tu peux

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FAROUGOU MO HADJA BINTOU

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